Vue d’ensemble de l’histoire de la plaque de cheminée

 

Comment étaient fabriquées les plaques de cheminée ?

C’est aux alentours des années 1500 que les premières plaques cheminées ont été coulées. Au début, cela se faisait dans un moule en sable. Ce moule était constitué d’un lit de sable, dans lequel des objets lâches (tels que des morceaux de cordes, des outils ou des ustensiles) étaient pressés comme décoration.

Un peu plus tard, ces empreintes furent, par exemple, les Fleurs de Lis et les crêtes. Sur la plaque Numéro 1, on peut clairement distinguer les bords des estampes des crêtes (à droite et en haut à gauche), ainsi qu’une estampe de Louis IX. Ce type de plaque est aujourd’hui encore un spécimen unique, sous réserve qu'il ne s'agisse pas d'une reproduction.

 

Plaque de cheminée 1

Plaque de cheminée Numéro 1: fait avec des estampes dans le sable

 

En outre, le moule pourrait également être constitué d’une plaque entièrement découpée dans du bois, puis pressée dans le lit de sable. Parfois, le centre était formé par plusieurs planches, de sorte que l’on peut parfois voir des rayures horizontales ou verticales sur les plus anciennes plaques de cheminées. Le moule ci-dessous a permis d’obtenir une plaque de cheminée composée de 2 bandes horizontales.

 

Bois moulé à partir de planches

Bois moulé à partir de planches

 

Où étaient fabriquées les plaques de cheminée ?

Les fonderies étaient situées dans des zones riches en minerai de fer et en bois. En France, ces zones se trouvaient principalement dans le Nord-Est ; en Allemagne, au Centre-Ouest, et au Royaume-Uni, dans le Wealden (Sussex). Les fonderies se sont ensuite développées sur la base du minerai de fer importé, comme aux Pays-Bas, mais dans une moindre mesure. La plupart des plaques de cheminée viennent de France. C’est aussi dans ce pays qu’elles étaient le plus utilisées, dans la mesure où les autres pays utilisaient d’autres méthodes de chauffage que la cheminée.

 

Motifs gothiques

Les plaques de cheminée les plus anciennes sont à motifs gothiques, avec des formes primitives de motifs religieux et des écussons. La plaque de cheminée Numéro 2 en est un exemple.

 

Plaque de cheminée 2

Plaque de cheminée Numéro 2: Gothique

 

La plaque de cheminée Numéro 2 (datant du 16ème siècle) possède une croix et des symboles représentant la Sainte Trinité, probablement précurseurs des Fleurs de Lis. Le rebord de la plaque et la croix sont des moulages de corde enfoncés dans un lit de sable. Les autres formes sont pressées dans le sable au moyen d’estampes.

En Allemagne, de nombreuses plaques de cheminée à motifs religieux ont été coulées à l'époque gothique à partir de moules en bois sculptés. Un exemple est disponible avec la plaque Numéro 3, représentant Adam et Ève entourés de textes latins.

Plaque de cheminée 3

 

Plaque de cheminée Numéro 3: Adam et Eve

 

Plaques de cheminée sur le thème des armes

À partir du 17ème siècle, les plaques de cheminée se sont diversifiées, et l’on a commencé à les orner de blasons.

De nombreuses plaques proviennent de la Famille De Bourbon, qui a régné en France de 1589 jusqu'à la Révolution française, et pour de courtes périodes par la suite. Un exemple bien connu de ce type de plaque est présenté en Numéro 4.

 

Plaque de cheminée 4

Plaque de cheminée Numéro 4: Armes de France

 

La plaque de cheminée Numéro 4 représente la famille royale De Bourbon et s'intitule « Les Armes de France ». Elle se compose des armoiries royales françaises (avec trois Fleurs de Lis et une couronne ouverte), souvent entourées de branches de palmier (pour symboliser la Victoire), de branches d'olivier (pour symboliser la Paix) ou de branches de laurier (encore une fois pour la Victoire).

Toutefois, à cette époque, on trouve également de nombreuses plaques de cheminée en provenance du Duché de Lorraine (exemple avec la plaque Numéro 5).

 

Plaque de cheminée Numéro 5

Plaque de cheminée Numéro 5: Armes de Lorraine

 

Les plaques de cheminée étaient souvent décorées au moyen de motifs associées aux grandes familles royales françaises, ou à des motifs représentant les emblèmes et les symboles des familles nobles. Il pouvait s’agir de figures représentant des animaux, des couronnes, des roses ou encore la Fleur de Lis. Le symbole le plus répandu est la Fleur de Lis. Ces plaques sont généralement entièrement découpées dans le bois.

 

Moule en bois pour plaque de cheminée

Moule en bois sculpté à partir de planches

 

Influence de la politique et de la religion sur les plaques de cheminée

Au cours de cette période, les premières plaques de cheminée furent créées pour la Bourgeoisie, avec, par exemple, des allégories aux vertus (chrétiennes) et de la paix. Sur la plaque de cheminée Numéro 6, datée du 17ème siècle, c’est L'Espoir, de la trilogie L'Espoir, La Foi et L'Amour, qui est représenté. Il existe une plaque de cheminée par vertu.

 

plaque de cheminée Numéro 6

plaque de cheminée Numéro 6: L'Espoir

 

Les premières plaques de cheminée aux tendances politiques ont également été coulées au cours de cette période. Cela a surtout pris de l’ampleur aux Pays-Bas, où la Jeune République et la Paix de Munster était régulièrement représentées. L’un des exemples les plus célèbres est la plaque Pro Patria (Numéro 7), présentée en détails dans un autre blog, intitulé Plaque de cheminée Pro Patria.

 

Plaque de cheminée Numéro 7

Plaque de cheminée Numéro 7: Pro Patria

 

Une autre plaque à tendance politique très connue est celle que l’on nomme « Seul Contre Tous ». Cette plaque symbolisait Louis XIV de France en 1672, combattant seul contre les pays voisins (plaque de cheminée Numéro 8).

 

plaque de cheminée Numéro 8

Plaque de cheminée Numéro 8: Seul Contre Tous

 

Au 17ème siècle, les premières plaques ornées des deux Colonnes d'Hercule apparaissent (plaques Numéro 9). Les colonnes représentent la Force et la Transition du connu à l'inconnu. Les colonnes sont souvent représentés à côté d'autres motifs.

 

Plaque de cheminée Numéro 9

Plaque de cheminée Numéro 9: Colonnes D'Hercule

 

L’influence de la Révolution Française sur les plaques de cheminée

Au cours de la Révolution Française (ayant commencé en 1789), les armoiries royales et nobles sont tombées en disgrâce. En octobre 1793, la Convention Nationale décida que les plaques portant des emblèmes féodaux (y compris des emblèmes royaux) devaient être détruites sous huit jours, sous peine que son propriétaire ne soit guillotiné. La destruction massive et immédiate de ces plaques de cheminée s'est révélée impossible à cause de leur valeur symbolique, et dans la mesure où celles-ci étaient souvent trop fermement ancrées dans la pierre servant de paroi à la cheminée. Il a donc été décidé, quatre jours plus tard, que les plaques de cheminée représentant trois Lys français ou plus devaient être modifiées, afin de cacher les emblèmes. Ces plaques seront ensuite fondues par des forgerons républicains dans le but d’en faire des plaques aux emblèmes démocratiques, plus appropriés aux conditions sociales de l’époque. Certains individus, qui s’éteint opposés à cette mesure, se sont même vus emprisonnés, voire condamnés à mort.

Les armoiries étaient non seulement les cibles des révolutionnaires, mais les emblèmes féodaux devaient être retirés des cheminées, pierres tombales et autres monuments/objets en pierre. De nombreuses plaques de cheminée ont ainsi été détruites et fondues, mais de nombreuses autres ont continué de remplir leur fonction, et les emblèmes féodaux (souvent la Fleur de Lis et parfois la Couronne) étaient masqués par d’autres motifs. Nous retrouvons encore aujourd’hui de nombreuses plaques contenant une marque de ce mélange. La plaque Numéro 10 en est un exemple.

 

Plaque de cheminée Numéro 10

Plaque de cheminée Numéro 10: Avec Armes de France, partiellement tronqué après la Révolution Française

 

La plaque de cheminée Numéro 10 est une plaque datant de 1778, représentant les colonnes d'Hercule et les armoiries de France. Les Fleurs de Lis sur les piliers sont partiellement coupées.

Pendant la Révolution Française, de nouvelles plaques sont moulées avec des motifs révolutionnaires de l’époque. La plaque de cheminée Numéro 11 est une plaque à tendance révolutionnaire, représentant le bonnet phrygien en tant que symbole National de la France. Le bonnet phrygien était à l'origine le symbole de l'esclave libéré dans l'Empire romain, avant de devenir la coiffe de Marianne. Il symbolise le « triomphe de la République », la liberté et la raison. D'autres plaques de ce type représentent, par un « sans-culotte » (un individu issu du peuple, qui ne porte pas la « cullote de la Bourgeoisie) doté d’un bonnet phrygien.

Les deux piliers, de style néoclassique, ne symbolisent plus les piliers d'Hercule mais la Liberté, l'une des trois valeurs de la Révolution Française. Ce type de plaque a le plus souvent été produit pendant et après la Révolution, et comporte généralement le nom du propriétaire ainsi que l’année de moulage. On trouve également diverses plaques sur le thème du mariage, portant les noms du couple et l'année de l’union ; année où la plaque a été coulée.

Les plaques de cheminée 10 et 11 montrent également l’évolution de l'artisanat avant et après la Révolution Française. Les cheminées datées pré-Révolution Française sont plus décorées et moins plates. Cela a aussi à voir avec la différence de styles, très à la mode à cette époque : les styles gothiques et baroques plus décoratifs pré- Révolution en opposition avec le style néoclassique discret, apparu avant la Révolution Française et prolongé par la suite.

 

Plaque de cheminée Numéro 11

Plaque de cheminée Numéro 11

 

Plaque de cheminée Numéro 11

Plus tard, là où l’on apercevait la crête ou une Fleur de Lis, on a coulé des éléments plus neutres et joyeux, tel que le montre la plaque Numéro 12.

 

Plaque de cheminée Numéro 12

Plaque de cheminée Numéro 12: Néoclassique

 

Plaques de cheminées et périodes de styles

Au fil des époques, les cheminées se sont adaptées aux différents styles architecturaux et au mobilier des foyers. En observant les styles utilisés sur les plaques de cheminée, on peut facilement retracer l’histoire. Cette question est traitée dans l’article suivant : Accessoires de cheminée et styles

 

Restauration de plaques anciennes

Dès le début du XXe siècle, les plaques de cheminée ornées de blasons sont réapparues sur le devant de la scène. Les anciennes plaques, ornées d’armoiries, furent de nouveau appréciés pour leur beauté et leur artisanat. Ces plaques sont désormais considérées comme partie intégrante du patrimoine français. Elles appartiennent à tous, et ne sont plus l’exclusivité d’un petit groupe privilégié, l’ancienne Noblesse Française. La Fleur de Lis est même un symbole (officieux) de la République française.

 

Reproductions de plaques de cheminées sur le thème des armes

Dès le début du XXe siècle, on a coulé des plaques de cheminée ornées de blasons selon un modèle séculaire. Ces plaques existent toujours, bien que la différence soit souvent grande avec les anciennes plaques, en termes de netteté de la fonte et de charme. Les anciennes plaques authentiques représentant des blasons restent rares.

 

Sources:

  • Henri Carpentier (Histoire des plaques de cheminées), 1926
  • Jeremy Hodgkinson (British Cast-Iron Firebacks), 2008
  • Philippe Palasi (Plaques de Cheminées Héraldiques), 2014
  • David Bennett (Plaques de cheminée, the French Revolution and the Politics of Iconoclasm), 2015
  • Karlheinz von den Driesch (Handbuch der Ofen-, Kamin- und Takenplatten im Rheinland), 1990

 

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